Marine Le Pen contre Emmanuel Macron. Le Front National face à En Marche !. Dans maintenant quelques jours, nous saurons qui va présider. Mais le vainqueur de cette élection est-il certain de pouvoir gouverner comme il l’entend ? Faisons un état des lieux de notre système institutionnel. Après l’élection présidentielle dont le second tour aura lieu ce 7 mai, s’en suit les élections législatives (11 et 18 juin). Les élections législatives permettent d’élire les députés de l’Assemblée nationale. Un Président, pour pouvoir appliquer son programme, doit bénéficier d’une Assemblée nationale favorable à son parti politique. Pourquoi ? Pour la simple et bonne raison que c’est notamment cette assemblée qui vote la loi ! Un Président sans majorité à l’Assemblée nationale est cantonné à un rôle de figuration (l’expression est peut-être abusive). Ces élections législatives sont donc primordiales. En principe, un Président fraichement élu peut compter sur une majorité à l’Assemblée nationale pour gouverner sereinement. Cette logique demeure implacable dans la mesure où les élections législatives suivent l’élection présidentielle. Les élections législatives apparaissent comme une ratification de l’élection présidentielle. Notre histoire, depuis 2000, nous montre bien que le Président élu a toujours pu compter sur une majorité stable est solide à l’Assemblée nationale, que ce soit Jacques Chirac en 2002, Nicolas Sarkozy en 2007 ou François Hollande en 2012. Ils ont pu appliquer le programme pour lequel ils ont été élus grâce à ce mécanisme institutionnel favorisant la stabilité institutionnelle. Mais, cette année, la donne est différente. En effet, il paraît peu probable que les candidats en lice puissent bénéficier de cette majorité.

Intéressons nous d’abord au Front National. Dans l’hypothèse où Marine Le Pen est élue, il sera difficile pour elle d’obtenir cette majorité. Trois arguments permettent de le démontrer. D’une part, le front républicain sera de mise. Il ne serait pas étonnant de voir des candidats LR, PS ou En Marche ! s’organiser pour faire barrage au Front National.D’autre part, le mode de scrutin de ces législatives (majoritaire à deux tours) est très défavorable aux FN. Ce mode de scrutin, peu représentatif mais garantissant une forte stabilité parlementaire, a toujours nui au FN. Enfin, le manque d’ancrage local du FN est criant, même si il semble se résorber au cours du temps. En effet, il est difficile de citer les représentants politiques ou figures de proue du FN au niveau local (chose plus aisée pour LR ou le PS). Ce manque d’ancrage local nuira au FN car les législatives sont des élections locales, où les citoyens sont plus habilités à voter pour des personnes qu’ils connaissent, qui sont ancrées depuis des années dans leur circonscription, plutôt que pour quelqu’un de parachuté dans telle ou telle circonscription. Quant à Emmanuel Macron et son mouvement En Marche !, des arguments mettent en exergue la difficulté du candidat d’obtenir cette majorité. Le mouvement En Marche ! est très récent. Emmanuel Macron ne bénéficie donc d’aucune subvention publique (rappelons que les subventions sont données par l’Etat aux partis en fonction de leur audience électorale et de la représentation parlementaire). Les subventions publiques sont la première ressources financières des partis en France. Sans cet argent précieux, difficile pour En Marche ! d’effectuer une campagne digne de ce nom.Le manque d’ancrage local, dont souffre cruellement le FN, atteint également En Marche !. Les candidats d’En Marche !, non connus du grand public, souffriront peut-être de ce manque de notoriété.Pour ces législatives, la moitié des candidats présentée par En Marche ! sera issu de la société civile. Ce ne sont donc pas des professionnels de la politique. En soi, cet argument n’en est pas un car le renouveau est aujourd’hui à la mode. Malgré tout, il est possible que les électeurs votent pour un candidat qu’ils connaissent, qu’ils affectionnent. Ce renouveau n’est pas forcément gage de réussite électoral ; les législatives nous montreront si ce pari est gagnant. Tous ces arguments permettent de sérieusement douter de la possibilité d’une majorité stable, en faveur du Président élu. Mais que se passera-t-il donc si le Président n’obtient pas cette majorité ? Deux possibilités s’offrent à nous. Soit un parti (LR, PS …) réalise un tour de force en obtenant la majorité, c’est-à-dire 289 députés à l’Assemblée nationale. Dans ce cas, il y aurait cohabitation. Il y en a eu trois dans notre histoire. Dans quelques semaines, la quatrième sera peut-être sous nos yeux.Soit plusieurs partis politiques (FN, LR, PS, la France insoumise, En Marche ! …) obtiennent chacun des sièges à l’assemblée, sans avoir une majorité explicite. Dans ce cas, il faudrait que le Président élu forme une coalition, pour allier dans un gouvernement différentes tendances politiques. La France, contrairement à l’Allemagne, n’est pas habituée aux coalitions. La deuxième hypothèse paraît plus vraisemblable. A fortiori, le pouvoir ne jouera pas lors de cette présidentielle, mais bien aux législatives. Il ne s’agit pas pour autant d’affirmer que la présidentielle est dénuée d’intérêt. En effet, le résultat de ce dimanche influencera certainement les législatives, mais plus faiblement que les autres années. Notre architecture institutionnelle est bâtie de telle sorte que l’élection présidentielle soit plus importante que les élections législatives. Cette fois-ci, la donne est différente.En 2017, le pouvoir ne se jouera pas ce dimanche mais bien les 11 et 18 juin. Un bon conseil : pour savoir par qui, comment et vers où la France se dirigera pour les cinq prochaines années, suivez scrupuleusement les élections législatives, qui seront plus importantes que jamais.

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